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14 sep 2017

Et si l’économie de marché contribuait au mieux-être de la cité ?

Dominique Steiler propose de mettre l’entreprise au service de la cité

« Qui veut la paix prépare la paix »*. Tel est l’axe central du dernier livre de Dominique Steiler, professeur senior et titulaire de la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix économique à Grenoble Ecole de Management. « Osons la paix économique » déconstruit le paradigme (dévoyé), selon lequel l’homme est un loup pour l’homme, réhabilitant les valeurs de coopération en entreprise. A la clé, mieux-être et rentabilité. Entretien.

Quel est le cœur de votre dernier ouvrage, qui s’appuie notamment sur des témoignages d’entreprises avec lesquelles la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix économique collabore ?


« Osons la paix économique »
, paru chez De Boeck Supérieur.
Dominique Steiler

« Osons la Paix économique » met à disposition les réflexions, les résultats de recherche et les concrétisations en entreprise que nous avons menées dans notre centre d’études sur ce que peut être la vie au travail. Il propose un autre regard, non pas une nouvelle théorie économique, mais la conviction que ce qui compte le plus en économie est une question humaine ; une autre manière de considérer la valeur travail en replaçant l’homme au cœur de l’organisation, et l’entreprise au cœur de la cité.

En effet, l’entreprise est à la fois créatrice de biens et de richesses et un acteur social majeur. Elle joue un rôle déterminant dans l’équilibre et l’épanouissement de chacun au sein de la société. Elle peut être le point d’articulation d’une évolution sociétale, permettant de cheminer vers l’épanouissement de toutes les parties prenantes. L’une des ambitions du livre est d’apprendre comment mettre en action nos plus grandes valeurs.

Vous défendez l’idée selon laquelle l’entreprise doit se mettre au service de la cité et bonifier, dans sa pratique quotidienne, les relations humaines. Principal corollaire : la rentabilité de l’organisation qui reste impérative, et non la performance. Pouvez-vous expliquer ?

Ce livre ne propose pas une nouvelle méthode, ne fait pas l’apologie de la réussite individuelle et ne vous oblige pas à devenir vous-même. Pas plus qu’il ne rejette la difficulté ou l’échec, comme s’il s’agissait de maladies honteuses. L’objet central du livre tourne autour de l’idée qu’il doit impérativement y avoir une inversion du rôle économique de l’entreprise au sein de la cité. La notion de « paix économique » part du postulat selon lequel l’entreprise doit se percevoir, comme c’était son rôle il y a bien longtemps, comme un agent du renforcement du tissu social et du mieux vivre ensemble.

Et, tout naturellement, la rentabilité – et non l’injonction de performance ! –, suivra. Malheureusement, aujourd’hui, c’est la cité qui est mise au service de l’entreprise. Meilleure illustration : tout le système scolaire est bâti autour de l’idée d’employabilité. Alors que l’éducation devrait cultiver la citoyenneté, les qualités personnelles, la dimension collective et de solidarité… Plus l’employabilité !

Comment expliquez-vous ce basculement ?

Nous sommes dans un système capitalistique néo-libéral qui surinvestit la dimension individuelle. Il réussit très bien à nous faire croire que nous sommes des êtres totalement indépendants les uns des autres et que notre aboutissement se trouve dans l’hyper-réussite individuelle : les modèles ultimes étant le champion du monde ou le grand capitaine d’industrie.

Une résultante sociale de ce modèle est, pour certains, l’abandon et le choix de la marginalité, mais pour la plupart une lutte effrénée pour correspondre ou tendre au mieux vers ce modèle, dont les nourritures principales sont la capacité de consommer et la reconnaissance sociale. Chacun oriente alors son action vers sa propre survie. La peur de ne pas réussir devient une variable essentielle de nos actions. Transposé dans l’entreprise, ce modèle rend difficile la coopération, le soutien, le soin apporter aux autres, la capacité de se mettre au service ou de demander de l’aide.

Le travail n’est plus un moyen de trouver du sens en contribuant ensemble à quelque chose de plus grand que soi, mais reste confiné dans un « gagner plus pour espérer vivre heureux ». Pour atteindre cette ambition, un seul choix nous est proposé, comme un axiome, l’entreprise doit gagner plus, pour que je gagne plus et que la société survive face à nos agresseurs. Notre conviction est que l’homme est, par nature, collaboratif, et agressif par potentiel. Les deux sont nécessaires, mais nous avons tous besoin du groupe et du partage. L’entreprise et le travail peuvent être le terrain de cet épanouissement dans des conditions de santé et de bien-être honorables.

Quels sont donc les chapitres clés de votre ouvrage ?

Le livre s’articule autour de trois dimensions : le témoignage d’entreprises partenaires de la chaire Mindfulness, Bien-être au travail et Paix économique, qui défendent des valeurs et des pratiques différentes en entreprise, visant l’épanouissement de l’individu, qui reste – c’est essentiel – la condition sine qua non de l’épanouissement collectif. Second point : l’ouvrage souligne comment retrouver du sens à faire effort ensemble.

Enfin, il décrit quelque unes des formes d’organisations qui sont à la source d’un épanouissement individuel et collectif. Car, dans l’effort conduit avec les autres, je contribue à plus grand que moi. Ou, dit autrement : comment procéder pour que l’individu retrouve, au sens premier et très laïque du terme, une dimension « spirituelle » dans l’idée de faire avancer le bien commun. Lorsqu’il existe un épanouissement organisationnel, le but de chacun devient en retour de nourrir l’épanouissement individuel et collectif.

*En référence à Théodore André Monod, scientifique naturaliste, grand spécialiste des déserts, érudit et humaniste français du XXème siècle, qui a formulé une citation inversée de « Qui veut la paix prépare la guerre ».

De Grands témoins

Monde intellectuel

  • Federico Mayor Zaragoza – ancien Directeur Général de l’UNESCO
  • Marc Fleurbaey – Économiste, Directeur de Recherche au CNRS et Robert E. Kuenne
    Professor in Economics and Humanistic Studies, Princeton University
  • Patrick Viveret – Philosophe et ancien conseiller référendaire à la Cour des comptes
  • Thomas d’Ansembourg – Spécialiste de la communication non violente
  • Agustin Fuentes – Anthropologue, Université Notre Dame, Etats-Unis

Monde des affaires

  • Directeur Général du groupe MAIF – Pascal Demurger
  • PDG de la société ARaymond – Antoine Raymond

Monde spirituel

  • Matthieu Ricard – Scientifique et traducteur du Dalaï Lama - Bouddhisme
  • Rabbi Soetendorp – Rabbin membre du World Economic Forum, membre fondateur de la croix verte internationale et Peacebuilder award en 2005 – Judaisme
  • Mustafa Ceric - le Grand Mufti de Sarajevo – Islam

Monde politique

  • Chris Ruane – député, Royaume Uni, en charge du projet Mindful Nation UK

Cette liste sera mise à jour régulièrement sur le site de la chaire de
recherche Mindfulness, Bien-être au travail et Paix économique de Grenoble Ecole de Management
.

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  • Groupe ARaymond
  • MMA
  • Böllhoff
  • Udimec
  • HPE
  • Teledyne E2v
  • Guichon Valves
  • ETS A.Cros
  • Sodexo
  • Milestone investisseurs
  • L’Entrepôt du Bricolage